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L'auteur et la gratuité

Maître BAT, sur son arbre perché, a de longues oreilles, et depuis fort longtemps, malheureusement, les auteurs nous confient leur désarroi face à une situation qui a une fâcheuse tendance à s’amplifier, voire se pérenniser… On demande de plus en plus aux auteurs de travailler gratuitement. À titre gracieux, pour faire plus joli, pour que dalle, pour être plus direct. Les exemples sont multiples et variés, le génie humain est sans limite quand il s’agit d’exploiter son prochain…Ça va de la commande d’écriture, tant qu’on y est pourquoi se gêner, à la lecture d’une de vos pièces dans un théâtre en prenant bien soin de vous demander de faire une croix sur vos droits d’auteur, en passant par la participation active à des manifestation littéraires, genre cadavre exquis, la réécriture d’un texte, l’écriture d’une préface, l’animation d’un atelier d’écriture, rencontre en bibliothèque, milieux scolaires, conférences, organisation de lectures, d’évènements, et aussi toutes sortes d’animations pour lesquelles l’auteur n’est pas formé mais qu’on lui demande toutefois d’effectuer afin de privilégier le fameux tissu social au sein de la Cité. Dans bien des cas, l’auteur est perçu comme un animateur socioculturel qui a un avantage certain sur les animateurs diplômés, celui de ne pas être rémunéré. Ainsi est en train de s’installer, sous nos yeux, un système pernicieux, d’une grande injustice et parfaitement illégal où les droits les plus élémentaires de l’auteur sont bafoués. Et ce, en toute conscience. Difficile de plaider l’ignorance. Il faut dire, je me fais l’avocat du diable, que parler d’argent avec un auteur, un artiste, c’est d’une vulgarité…Et puis l’auteur est toujours content, content d’écrire, de participer à des évènements, de rencontrer du monde, ce solitaire indécrottable, de voir son nom en tout petit en bas à droite d’un prospectus…Alors pourquoi le payer ?

Il faut dire aussi, soyons honnête jusqu’au bout, que les auteurs de théâtre vivent grassement de leurs droits de représentations et se font un max de fric grâce à la vente de leurs bouquins. Alors pourquoi les payer pour d’autres actions, c’est limite indécent. Un peu de bénévolat, de militantisme ne peut que leur faire du bien.

Ami(e)s auteurs de théâtre, si à partir du 5, vous avez des problèmes de fin de mois, je me permets de vous donner, en toute confraternité, quelques conseils…

- À la fin du mois, j’envoie un quatrain joliment troussé à mon propriétaire qui s’en trouve si bouleversé qu’il m’en demande un autre pour le mois d’après…

- Dans les grandes surfaces, je montre ma carte SACD et la caissière, en larmes, me laisse passer… Pour les gros achats, genre écran plat, canapé en cuir, un autographe est vivement conseillé.

- Chez le crémier, c’est simple, une livre de beurre contre un livre.

- Chez le marchand de chaussures, un poème en alexandrin suffit amplement.

- Au restaurant, une photo avec le patron est inévitable. Parfois avec des clients qui ne sachant comment vous remercier vous offrent le taxi.

- Pour l’amour et l’eau fraîche, c’est d’une facilité confondante…Il suffit d’annoncer à l’être aimé que vous êtes auteur de théâtre et c’est gagné d’avance ! En effet, qui résisterait à la perspective de vivre dans le luxe et la sérénité, loin du fatras du monde et de la précarité, avec l’homme ou la femme qu’on aime… Pour l’eau, voir mon premier exemple, quand on vous offre le loyer, il est de très mauvais goût de payer les charges.

Voilà… Redevenons sérieux, même si l’humour est un précieux rempart contre le découragement, pour ne pas dire plus…La plupart des auteurs de théâtre vivent dans une grande précarité. Il faut le dire, l’écrire. C’est la vérité. Il est tellement aisé d’affaiblir ceux qui sont faibles. Ceux qui profitent de ce système, qui ont mis en place ce système sont nombreux mais il faudrait un autre édito pour traiter de cette face cachée, de cette force obscure qui mène le théâtre français vers une pensée unique, une écriture unique.

Maître BAT, sur son arbre perché, a de longues oreilles et beaucoup d’auteurs nous confient leur désespoir et leur envie d’arrêter d’écrire du théâtre…Certains ont déjà arrêté. Le danger est là. Une écriture qui s’efface, c’est une voix qui se tait, une étoile qui s’éteint, qui ne nous éclaire plus…Le ciel étoilé devient, peu à peu, un ciel de plomb. Et le plomb n’est pas l’ami de la plume.

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Samedi 16 décembre 2017
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